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La Coupe du monde est-elle à vendre ? Le projet à 20 milliards de dollars de la FIFA déclenche une nouvelle crise avec l’UEFA

La FIFA envisage de regrouper les droits commerciaux et l’organisation de toutes ses compétitions, dont la Coupe du monde, au sein d’une nouvelle société dont une participation minoritaire serait ouverte à des investisseurs privés. Pour l’UEFA, la valeur de la compétition n’appartient pas à la FIFA et ne peut pas être vendue, ouvrant un nouveau rapport de force dans le football mondial.

Adrian Castillo Vasquez
Veröffentlicht 29. Jul 2026
La Coupe du monde est-elle à vendre ? Le projet à 20 milliards de dollars de la FIFA déclenche une nouvelle crise avec l’UEFA

La Coupe du monde est-elle à vendre ? Le projet à 20 milliards de dollars de la FIFA déclenche une nouvelle crise avec l’UEFA

Quelques jours seulement après la fin de la Coupe du monde 2026, l’attention du monde du football a déjà quitté le terrain pour revenir aux questions de gouvernance, d’argent et de pouvoir.

La FIFA envisage de regrouper les droits de diffusion, de sponsoring, de billetterie et de licence de toutes ses compétitions — y compris la Coupe du monde — ainsi que leur gestion opérationnelle au sein d’une nouvelle société. Cette entité, qui devrait porter le nom de FIFA Forward Enterprise (FFE), pourrait ensuite ouvrir une participation minoritaire à des investisseurs privés.

La FIFA présente ce projet comme une occasion sans précédent de financer le développement du football dans le monde. L’UEFA estime au contraire qu’il franchit une ligne dangereuse, en allant bien au-delà de la simple exploitation de droits commerciaux pour toucher à la gouvernance et à l’avenir même du jeu.

La Coupe du monde est-elle donc réellement en train d’être vendue ? Pas encore. Mais, pour la première fois, une partie de la valeur commerciale générée par la compétition pourrait être transférée dans une structure dont des investisseurs privés détiendraient directement une part du capital.

En quoi consiste le projet FIFA Forward Enterprise ?

Selon la proposition annoncée par la FIFA le 28 juillet, FFE serait une filiale détenue et contrôlée par l’instance. Les droits commerciaux et les opérations événementielles liés à l’ensemble des compétitions de la FIFA seraient réunis au sein de cette nouvelle société.

Les principaux chiffres du projet sont les suivants :

  • FFE serait initialement valorisée à 20 milliards de dollars.

  • Jusqu’à 20 % du capital pourrait être proposé à des investisseurs extérieurs sous la forme d’une participation minoritaire non contrôlante.

  • La FIFA espère lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars grâce à cette opération.

  • Les droits de diffusion, le sponsoring, la billetterie et les licences intégreraient le portefeuille commercial de la société.

  • Les compétitions masculines, féminines et de jeunes organisées par la FIFA entreraient dans son périmètre.

La FIFA insiste sur le fait que les investisseurs extérieurs ne détiendraient que des participations minoritaires sans pouvoir de contrôle. La gouvernance du football, les formats des compétitions, le calendrier international ainsi que toutes les décisions sportives ou réglementaires resteraient entièrement sous son autorité. L’organisation souligne également que l’investissement serait réalisé dans une filiale de la FIFA, et non directement dans la FIFA elle-même. Selon le communiqué officiel de la FIFA, le projet devra obtenir l’approbation de la majorité de ses associations membres ainsi que celle du Conseil de la FIFA avant de pouvoir voir le jour.

La FIFA travaille avec J.P. Morgan en qualité de conseiller financier. Le groupe d’investisseurs pressenti devrait être mené par Thrive Eternal, société fondée par Joshua Kushner. Le fait que ce dernier soit le frère de Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump, a également alimenté les débats sur les liens politiques entourant le projet, au-delà de ses seuls enjeux commerciaux.

Une incitation financière majeure pour les fédérations membres

L’argument central de Gianni Infantino est que ce nouveau modèle permettrait de mieux redistribuer le succès commercial de la Coupe du monde, notamment au bénéfice des petites nations du football disposant de revenus plus limités.

La FIFA affirme que FFE pourrait contribuer à générer plus de 10 milliards de dollars pour le développement du football au cours des quatre prochaines années. Ces fonds pourraient financer des stades, des centres nationaux d’entraînement, la formation technique, les sélections nationales, les compétitions domestiques, le football de base et le football féminin.

D’après une correspondance qui aurait été adressée aux associations membres de la FIFA, une fédération soutenant la proposition pourrait accéder à un financement total allant jusqu’à 40 millions de dollars à partir de 2027. Cette somme réunirait une enveloppe exceptionnelle de 20 millions de dollars destinée à des projets spécifiques et 20 millions supplémentaires au titre du programme FIFA Forward pour la période 2027-2030.

Les fédérations auraient jusqu’au 19 septembre 2026 pour se prononcer, et les nouveaux fonds pourraient devenir disponibles à compter du 1er janvier 2027. Si le projet n’obtient pas le soutien nécessaire, le programme Forward 4.0 devrait se poursuivre, avec une enveloppe d’environ 10 millions de dollars par fédération au cours du prochain cycle. Ces détails ne figuraient pas dans la première communication publique de la FIFA ; ils ont ensuite été révélés par une lettre envoyée aux associations membres et obtenue par les médias. Le courrier évoqué par Sky Sports laisse penser que l’incitation financière pourrait devenir l’un des éléments les plus déterminants du vote à venir.

Pourquoi l’UEFA s’oppose-t-elle aussi fermement au projet ?

L’opposition de l’UEFA ne repose pas uniquement sur l’arrivée de capitaux privés. L’instance dirigeante du football européen considère également que la manière dont la proposition a été élaborée — sans consultation ni transparence suffisantes — constitue un problème fondamental de gouvernance.

L’UEFA a estimé que le projet franchissait une limite que les institutions du football ne devraient jamais dépasser, déclarant : « L’esprit et la gouvernance du football ne sont pas des actifs qui peuvent être négociés. »

Selon l’UEFA, personne ne possède le football. La FIFA ne peut donc pas traiter la valeur créée par la Coupe du monde comme un bien qu’elle serait libre de céder selon ses propres conditions. Sa critique la plus sévère porte sur le manque de transparence concernant l’identité des investisseurs, les droits financiers qui leur seraient accordés et les bénéficiaires réels de l’accord.

Cette confrontation marque une nouvelle étape dans les tensions déjà croissantes entre la FIFA et l’UEFA. Pendant le tournoi, l’UEFA avait estimé que la suspension de la sanction infligée à l’attaquant américain Folarin Balogun après un carton rouge direct portait atteinte à l’intégrité du football, après que le président américain Donald Trump eut demandé à Infantino de faire réexaminer l’action. Le président de l’UEFA, Aleksander Čeferin, n’avait par ailleurs pas assisté à la finale de la Coupe du monde 2026 à la suite d’une série de désaccords disciplinaires, arbitraux et institutionnels. Ce précédent conflit, rapporté par Reuters, permet de comprendre pourquoi la réaction au projet FFE est perçue comme un épisode d’une lutte institutionnelle plus large, et non comme une simple réponse à une proposition commerciale isolée.

La volonté de la FIFA d’envisager une Coupe du monde 2030 à 64 équipes, ainsi que son ambition d’élargir la Coupe du monde des clubs, ont encore accentué le fossé de conception entre les deux organisations.

L’opposition ne se limite pas à l’UEFA

Le problème est plus sérieux encore pour la FIFA, car les critiques ne viennent pas uniquement d’Europe.

La CONCACAF a expliqué avoir découvert le projet d’abord par voie de presse, puis à travers le communiqué public de la FIFA, et a exprimé ses inquiétudes quant à l’absence d’un véritable processus de décision. La Confédération asiatique de football a elle aussi souligné qu’un projet de cette ampleur devait reposer sur la transparence, la bonne gouvernance et une consultation réelle.

La Fédération anglaise de football a déclaré n’avoir absolument pas été informée de la proposition et ne pas avoir reçu de détails concrets sur ses conditions. Le président de la Fédération française de football, Philippe Diallo, a lui aussi estimé que l’exclusion des associations membres du processus soulevait de sérieuses questions sur l’avenir du jeu.

À elles trois, l’UEFA, la CONCACAF et l’AFC représentent 143 membres de la FIFA, ce qui illustre le poids numérique des instances ayant exprimé leurs réserves. Cela ne signifie toutefois pas que les 143 associations voteront toutes contre le projet : chaque fédération nationale prendra sa propre décision. Le président de la Fédération tchèque de football, David Trunda, a par exemple demandé davantage de précisions tout en devenant l’une des rares voix favorables au plan, estimant qu’il pourrait avoir des effets positifs sur le football de base et les investissements dans les infrastructures. Les réactions rassemblées par Reuters montrent moins une position commune du football mondial qu’une crise de gouvernance en train de s’élargir.

Le véritable enjeu est-il le contrôle ou la pression commerciale ?

La principale ligne de défense de la FIFA est simple : les investisseurs privés ne contrôleraient pas la société et ne disposeraient d’aucun pouvoir sur les décisions sportives.

Les critiques posent toutefois une autre question. Même sans intervenir directement sur les Lois du Jeu ou les règlements des compétitions, tout investisseur cherchera naturellement à obtenir un rendement sur le capital engagé. La volonté d’accroître la valeur de FFE pourrait donc générer une pression en faveur de davantage de matches, de tournois plus grands, de billets plus chers, de nouveaux espaces de sponsoring et d’événements organisés plus fréquemment.

Le débat ne se limite donc pas à savoir qui conservera le contrôle juridique. La question centrale est de savoir comment les décisions sportives de la FIFA et les objectifs commerciaux de FFE pourraient progressivement s’entremêler.

Le commissaire européen aux Sports, Glenn Micallef, a lui aussi averti que le rapprochement, au sein d’une même structure, des pouvoirs réglementaires de la FIFA et des intérêts financiers d’investisseurs privés pourrait soulever des questions d’indépendance et de conflits d’intérêts. La FIFA affirme que les investisseurs extérieurs n’auraient aucun rôle opérationnel, mais ces inquiétudes ne disparaîtront probablement pas tant que l’ensemble des conditions de l’accord n’aura pas été rendu public. Selon Reuters, la CONCACAF et l’AFC ont également demandé davantage d’informations et de temps afin d’évaluer les conséquences juridiques, commerciales et stratégiques du projet.

Que peut-il se passer ensuite ?

1. La FIFA pourrait obtenir la majorité requise

FFE pourrait voir le jour si la proposition obtient le soutien de plus de la moitié des 211 associations membres de la FIFA ainsi que l’approbation du Conseil de la FIFA. Pour les petites nations et les pays en développement qui dépendent fortement des financements de l’instance, l’accès à une somme pouvant atteindre 40 millions de dollars représente une incitation considérable.

Dans ce scénario, le débat se déplacerait vers le choix des investisseurs, les conditions de la cession de parts, la répartition des revenus et la manière dont les garanties de contrôle promises par la FIFA seraient inscrites dans les contrats définitifs.

2. Le projet pourrait être retardé, réduit ou rejeté

L’opposition de l’UEFA, de la CONCACAF, de l’AFC et de grandes fédérations nationales pourrait contraindre la FIFA à engager une consultation plus longue ou à proposer une version plus limitée du projet. La taille de la participation cédée, les droits des investisseurs, la structure de décision et les règles de transparence pourraient tous être revus.

En 2018, Infantino avait déjà porté un projet d’investissement privé de 25 milliards de dollars mené par SoftBank, mais celui-ci n’avait pas abouti en raison de la forte opposition de l’UEFA. Même si la proposition actuelle repose sur une structure différente, cette précédente tentative montre que la direction de la FIFA ne peut pas considérer le soutien de la majorité comme acquis. Comme l’a rapporté l’Associated Press, il s’agit de la deuxième grande initiative de l’ère Infantino visant à ouvrir des actifs de la FIFA au capital privé.

3. Une bataille juridique pourrait commencer

Plusieurs informations indiquent que l’UEFA étudie ses options juridiques. Au 29 juillet, toutefois, aucune plainte, procédure officielle ou stratégie juridique concrète n’avait été annoncée.

Un éventuel litige pourrait porter sur les Statuts de la FIFA, les droits des associations membres, le transfert d’actifs commerciaux vers une filiale, les responsabilités des dirigeants et les dispositions relatives aux conflits d’intérêts. La transformation de ces questions en véritable affaire judiciaire dépendra du contenu détaillé de la proposition et de la procédure d’approbation finalement suivie par la FIFA.

4. La menace d’un boycott pourrait servir de levier politique

Selon certaines informations, plusieurs fédérations européennes auraient évoqué des réponses radicales, allant jusqu’à un possible boycott de la Coupe du monde. À ce stade, toutefois, ni l’UEFA ni aucune grande fédération nationale n’a officiellement décidé de se retirer.

Pour l’instant, l’hypothèse d’un boycott doit être comprise comme le moyen de pression le plus puissant pour pousser la FIFA à reculer ou à modifier son projet. Le poids sportif et commercial des sélections européennes donne une réelle portée à cette menace. Mais un retrait de la Coupe du monde aurait des conséquences considérables pour les fédérations, les joueurs, les diffuseurs et les supporters, ce qui rend sa mise en œuvre extrêmement difficile.

La question centrale pour l’avenir de la Coupe du monde

La proposition de la FIFA remet en lumière une contradiction ancienne du football mondial.

D’un côté, un modèle promet de redistribuer une plus grande part des revenus de plusieurs milliards de dollars générés par la Coupe du monde à davantage de pays, puis d’investir cet argent dans les infrastructures, la formation, le football féminin et le football de base. De l’autre, il existe un risque que l’avenir de la compétition la plus précieuse du football se retrouve étroitement lié aux intérêts financiers d’investisseurs privés en quête de rendement.

C’est pourquoi le débat dépasse largement la question : « La Coupe du monde est-elle à vendre ? » Le véritable enjeu est de savoir qui fixera les limites de la croissance commerciale du football — et qui finira par en payer le prix.

FFE n’a pas encore été créée, aucune part n’a été vendue et la proposition n’a pas été approuvée. Pourtant, ce nouveau conflit entre la FIFA et l’UEFA dépasse déjà la simple question d’une structure d’entreprise. Il porte désormais sur la manière dont la Coupe du monde doit être gouvernée, sur la fréquence à laquelle elle doit être organisée et sur les intérêts qu’elle servira à l’avenir.


Note de la rédaction

Cet article repose sur les informations publiées au 29 juillet 2026. La proposition FFE reste soumise à un processus d’approbation et de consultation en cours ; la structure des investisseurs, la répartition définitive du capital et les conditions contractuelles n’ont pas encore été confirmées.

Principales sources